L’EMPIRE DE NOS CROYANCES ๐Ÿ˜ฑ ENTRETIEN AVEC GERALD BRONNER


Re-bonjour Gérald Bronner! Je tenais à faire une petite interview pour que vous nous éclairiez sur quelques concepts qui sont dans votre livre, « La démocratie des crédules ». Première question : pourquoi est-ce que vous avez écrit ce livre ? Alors, ce n’est pas le premier livre que j’ai écrit sur les croyances, j’en avais écrit d’autres avant, dont « L’empire des croyances ». Ce qui m’avait frappé, déjà dans « L’empire des croyances », c’est que la modification du marché de l’information (disons le franchement : Internet) me paraissait perturber les conditions normales de diffusion de la connaissance et de la crédulité. Beaucoup de mes collègues, qui travaillaient principalement sur Internet, étaient fascinés par Internet, écrivaient des livres dans lesquels ils imaginaient que ça allait améliorer la qualité de la connaissance en démocratie etc. Et moi je voyais tout l’inverse. Parce que j’avais le petit avantage, moi, de ne pas être du tout spécialiste d’Internet au départ, mais des croyances. Donc évidemment, chacun voit midi à sa porte, moi j’étais plutôt focalisé sur le fait même de crédulité. Et par chance pour moi la suite a montré que j’avais un peu raison dans cette affaire. Par malheur pour le monde, par chance pour Gérald Bronner ! Globalement ce que vous expliquez c’est qu’Internet a augmenté de manière massive la croyance plutôt que la connaissance. Est-ce que Internet nous rend complètement naïfs ? C’est difficile de dire que ça a augmenté la croyance, versus la connaissance. Ce qu’on peut dire c’est que, en tout cas, ça a irrigué de façon nouvelle les territoires de la crédulité. C’est pas qu’on est tous devenus plus naïfs, je ne crois pas à la théorie de la post-vérité, qui dirait que grosso modo on est devenus totalement indifférents à la vérité. Parce que les crédules, la plupart du temps, croient avoir raison. Bien-sûr, y a des gens malintentionnés qui diffusent volontairement des fake news, y a aussi des gens qui disent « ok je sais que c’est faux, mais globalement c’est vrai donc je le diffuse quand même ». Mais y a beaucoup de gens qui croient aussi sincèrement que c’est vrai. Et c’est là que mon travail du sociologue commence. Quand y a des manipulations volontaires, y a pas besoin de sociologie. C’est intéressant comme objet, mais y a pas vraiment besoin d’un éclairage sociologique. Ce qui est beaucoup plus perturbant, c’est quand des individus normalement constitués, aussi intelligents que vous et moi, se mettent à croire des choses folles. C’est ça qui m’intéresse. Et en particulier, en effet, je crois avoir montré que la configuration du marché de l’information proposée par Internet favorisait la fertilité du territoire de la crédulité. Est-ce que, un des problèmes majeurs que vous pointez dans votre livre (vous pointez pleins de problèmes majeurs !) ne serait pas le… La façon dont sont disposées les informations sur Internet ? J’aime beaucoup quand vous comparez Internet à un supermarché. En disant « bah voilà, dans un supermaché on est plus enclin à prendre le paquet de lessive qui va être un peu flashy, en tête de gondole, plutôt que celui qui sera peut-être de meilleure qualité, mais placé tout au fond ». Quelle comparaison vous tracez entre un supermarché et Internet ? En fait, il faut se rappeler de cette question: pourquoi est-ce que Internet a porté tant d’espoir sur la diffusion de la connaissance ? Ce n’est pas que mes prédecesseurs étaient stupides. Simplement ils étaient animés eux aussi par des croyances. Ce qu’ils croyaient était loin d’être bête, ils pensaient simplement que la disponibilité de l’information qui allait s’accroître considérablement (et en cela, ils avaient raison) allait forcément augmenter le niveau général de la population. C’était loin d’être idiot comme théorème! Moi c’est ce que je croyais aussi évidemment. C’est ce que tout le monde, à peu près, croyait. Sauf qu’il y avait une erreur de ce raisonnement. Il y avait une confusion entre la disponibilité de l’information, qui est bien un fait réel… Toutes les informations sont disponibles sur Internet ou presque, et des informations de très bonne qualité, sur la physique quantique, sur tout ce que vous voulez. Des informations solides. Mais ils a eu confusion entre la disponibilité de l’information et sa visibilité. Ce n’est pas parce que toutes les informations sont disponibles que les meilleures informations vont être les plus visibles. En réalité, ce qui s’est produit sur ce marché très concurrentiel, comme dans un supermarché, c’est que toutes les informations n’avaient pas la même capacité à attirer notre attention. Et le fait d’attirer notre attention, si on file la métaphore du supermarché, c’est l’acte d’achat. Tout d’un coup, telle information va attirer mon attention, ça veut dire que je “l’achète”, en quelque sorte. Tandis que d’autres ne vont pas attirer mon attention. Et en effet, la question qu’on doit se poser, c’est: « qu’est-ce qui est mis en tête de gondole » ? Qu’est-ce qui conditionne l’achalandage dans le rayonnage du supermarché ? Parce que la nature de cet achalandage va évidemment avoir un impact statistique sur mon acte d’achat, dans le supermarché de l’information. Et on le voit aussi dans la vraie vie, ce ne sont pas toujours les meilleurs produits qui s’imposent. On pourrait dire que le supermarché de l’information c’est plutôt du « hard discount ». On est dans le hard discount oui… Ce n’est pas cher, c’est très satisfaisant, mais ce n’est pas forcément bon pour la santé. Pour la santé mentale en tous cas. D’accord. J’ai trouvé que ce parallèle était vraiment intéressant et d’ailleurs il me semble que… Enfin je ne sais pas si c’est toujours valable… Car votre livre date un peu (2013), mais vous avez comparé des croyances type « le monstre du Loch Ness » page 71, on voit que dans les 30 premiers sites proposés par Google sur le thème du Monstre du Loch Ness, 78% d’entre eux sont « favorables à la croyance ». Ca ce sont des données qui varient, même d’un mois sur l’autre, Oui, j’ai tapé « monstre du Loch Ness » ce matin, c’était pas ça. C’est normal, tout cela évolue, mais ce qui reste vrai, je crois, en tout cas les dernières fois où j’ai regardé, c’est la tendance qui est favorable à la croyance, en particulier quand ces croyances ne font pas l’objet d’une régulation par Google. On sait que Google a fait des efforts particuliers sur les vaccins (et tant mieux !) Parce que, que les gens croient au monstre du Loch Ness, ce n’est pas très grave, mais qu’ils croient que les vaccins peuvent donner de la sclérose en plaques ou que sais-je, c’est beaucoup plus dangereux car ça peut conduire à des abstinences vaccinales qui ont des conséquences Ca conduit, d’ailleurs La résurgence de la rougeole ou de maladies qui sont mortelles, en particulier pour les tout petits. Donc je sais que Google a essayé de faire des efforts sur certains sujets, mais pas sur tous les sujets, loin s’en faut ! Et dès lors que vous voyez une nouvelle croyance apparaître, ce que l’on observe souvent, c’est que y a une tendance favorable aux théories de la croyance. Tout simplement parce que derrière ces théories, il y a des groupes, y a des activités. Des individus comme vous et moi qui sont très motivés à faire valoir leur point de vue. C’est ça le problème aussi. C’est eux qui vont créer de la visibilité. En fait, ce marché dérégulé de l’information qu’est Internet, il est favorable (et c’est démontré dans pleins de papiers scientifiques), à des groupes qui sont très motivés à faire valoir leur point de vue. Ce ne sont pas toujours des groupes de croyants , ils peuvent avoir raison, ils ne sont pas forcément dans l’erreur Mais ce qui est sûr c’est que la motivation (donc une super équipe de VRPs de la crédulité notamment) c’est ce qui fait que certains produits vont être plus visibles sur les rayonnages. Et puis il faut se mettre à la place de nos concitoyens, quand on ne sait pas très bien… que ce soit le danger sur les ondes, au sujet des antennes-relais, des vaccins, Beaucoup de médias parlent de cela Bien-sûr! Le glyphosate, toutes sortes de sujets Je ne vais pas trancher ici ces questions là pour ne pas faire de controverse, mais en l’occurrence, la science dit un certain nombre de choses. Mais ce que dit la science n’est pas forcément ce qui est le plus visible sur ce marché dérégulé de l’information. Ce qui est le plus visible, c’est une approximation de la motivation des acteurs sur ce marché. Il est évident que sur des sujets techniques, on peut se laisser prendre. D’abord parce qu’on n’a pas que ça à faire. On a envie d’avoir un point de vue, mais j’ai pas envie d’y consacrer 24 heures sur 24 de mon temps. Je ne suis pas très motivé à aller vérifier les sources. Et s’il y a une proposition qui m’alarme, qui me fait peur, qui va dans le sens de mes croyances, qui a l’air bien argumentée, eh bien je vais l’acheter dans ce supermarché. Et puis c’est dur aussi de… Moi je vois, quand j’essaie de débunker et tout.. Faudrait presque que les gens non croyants sur certains sujets soient aussi motivés à partager leur non croyance Ils le font un peu. De plus en plus, oui mais… Il y a une révolte de la rationalité, dont vous faites partie d’ailleurs Je pense aux rationalistes etc, qui font ce travail de débunkage. Mais c’est bien là le problème fondamental, c’est pour cela que mon livre s’appelle « La démocratie des crédules » Les crédules ont le droit de s’exprimer. Mais le problème c’est que toute tyrannie sait profiter de l’apathie des gens de bien. La plupart de ces minorités s’imposent en réalité, vont contaminer les indécis, nos concitoyens, parce qu’ils sont plus motivés. Et la croyance est très corrélée à la motivation. Quand vous êtes porteur inconditionnel d’une idée, vous avez envie de la défendre, vous devenez un chevalier blanc pour alerter vos concitoyens. C’est pour cela que je dis qu’il ne faut pas oublier que ces gens croient faire le bien. Ils croient être porteurs de la vérité.
Même les conspirationnistes Souvent, ceux que j’ai au téléphone, ils sont persuadés qu’ils sont les chevaliers blancs de l’information. C’est pourquoi d’ailleurs ils sont aussi virulents contre des gens comme nous, ils cherchent à nous nuire, à nous discréditer. Ils croient en toute bonne foi en des choses qui sont douteuses. Y a 3 exemples que vous prenez dans votre livre que j’aime beaucoup parce qu’ils font écho à des situations que je rencontre parfois en discutant avec des jeunes etc. Des choses qui leur posent question, et moi en tant que journaliste, j’ai des réponses sur certaines choses, pour vérifier l’information par exemple, mais je n’ai pas réponse à tout. Et vous, vous n’avez peut-être pas réponse à tout, mais en tout cas ce livre a des réponses que moi je n’avais pas. Est-ce qu’on peut très rapidement, prendre les quelques exemples dont vous parlez ? Je ne sais pas si on va bien le voir, mais au pire je l’incrusterai Ça c’est une image des tours du World Trade Center dans laquelle on voit le visage de Satan qui se détache dans la fumée. Et vous prenez cet exemple pour expliquer quelque chose de très intéressant, c’est la “négligence de la taille de l’échantillon”. On va essayer d’expliquer ça de manière assez simple. Si vous vous retrouvez devant des élèves qui vous parlent de ça, “regardez c’est Satan”, que diriez-vous? Ce qui est caractéristique dans ce genre d’images, c’est que notre esprit est frappé par la coincidence. Qu’est-ce qui se passe dans notre cerveau? Y a 2 possibilités. Soit on se dit que c’est une simple coïncidence et que ça n’a donc aucune signification, soit je vois bien une tête de démon et peut-être que c’est quelque chose Ca marche si vous avez un esprit religieux en l’occurrence Mais ce qui est très intéressant, c’est que même quand on se dit que c’est une coïncidence, en même temps, on se dit “quand même, c’est bizarre”. La probabilité de chances pour que des volutes de fumée aient un visage aussi diabolique que celui-ci, elle est très faible. Est-ce que notre cerveau a raison de nous dire ça? Absolument, Aude! Il a raison. La probabilité est très faible. Mais en raisonnant comme ça on oublie un élément fondamental. C’est la taille de l’échantillon duquel est issu cette photo. En d’autres termes, si vous faites des centaines de milliers de photographies d’un évènement Y en a eu! comme c’était le cas pour les attentats des Twin Towers, eh bien obligatoirement, vous allez voir l’improbable se réaliser. Si vous avez une chance sur 100.000 qu’une chose totalement improbable se réalise, et vous essayez 100.000 fois, évidemment que dans un des cas l’improbable va se produire. Mais ça ne veut pas dire que c’est miraculeux. D’ailleurs, si vous vous souvenez, dans les incendies de Notre-Dame, là aussi y a eu des volutes de fumée, et sans surprise, les gens vont scruter les images, les photos, on a tous pris ça en photo ou en film, si vous regardez image par image, quelques fois vous avez une drôle d’impression. Et quelque chose a tourné sur Twitter, une espèce de main qui soi-disant retenait la flèche de Notre-Dame. Je l’ai même pas vue, celle-là! Certains se sont demandé si c’était un ange.. Peu à peu, effectivement, on voit cette hypothèse un peu théophanique, une apparition de Dieu, Donc plus vous avez un échantillon qui est vaste, plus il est possible que l’improbable se réalise. Mais ça ne veut pas dire que c’est miraculeux. Donc en fait là je vais me dire “Incroyable, y a un diable, c’est forcément que le Diable existe” etc etc Mais en fait si je considère cette photo comme une photo parmi des centaines de milliers, alors il n’y a rien d’incroyable non plus à ce qu’une photo sur 400.000 dessine quelque chose qui ressemble à un diable. Oui, on oublie toutes ces photos où y aura absolument rien. Oui, parce qu’elles ne sont pas intéressantes. Ca a fait la une de la presse américaine, mais ça n’a pas suscité beaucoup de croyances. Par contre un peu partout dans le monde, des tâches de graisse ou que sais-je… des vitres mal lavées sont interprétées comme des apparitions mariales, des apparitions christiques, Des tâches de graisse? Qu’est-ce que c’est que ça? En France, à Sierk-Les-Bains il y a eu une inondation, eh bien il y a eu le Jesus de Sierk-les-Bains sur un mur quand l’eau s’est retirée ça a fait une tâche anthropomorphique, qui ressemble à un visage humain. Et comme elle est barbue, les gens n’ont pas pensé que c’était George Harrison mais plutôt Jésus Vous voyez que les interprétations de ces formes sont liées à un bassin culturel on est bien là au croisement d’invariants mentaux et de variables sociales. Un peu partout dans le monde il y a des processions qui s’organisent autour de ce genre de tâches. Avec parfois des centaines de milliers de personnes. Moi j’avais WikiStrike, que j’avais épinglé, qui voyait un Dieu, ou une statue là-dedans façonnée d’une manière ou d’une autre On ne voit rien, je préfère le dire, même si je le mets en incruste sur la vidéo Il était persuadé… Il en avait relevé 50 je crois…50 statues gravées dans la roche Un Dieu, un serpent, enfin… C’est simplement que si vous prenez des amoncellements de pierre les anfractuosité de la nature, y en a des milliards sur terre, vous en trouverez de très nombreuses qui ressemblent à un visage humain, à une licorne, même, peut-être. Et donc ce monsieur n’a pas beaucoup voyagé, ou peut-être qu’il est de bonne foi, mais il a oublié la taille de l’échantillon. Faire preuve de rationalité face à ce genre d’exemples c’est se dire “ok en effet, ça paraît très improbable. L’évènement est très improbable. Mais de quelle taille cet exemple est-il issu? Quelle est la taille de l’échantillon dont il est issu? Généralement ça fait redescendre un peu dans les tours. Vous nous empêchez de rêver, Gérald, si je peux me permettre! Non au contraire, rêvons! Ré-enchantons le monde mais ne le faisons pas au prix de notre liberté de penser. Il y a autre chose, un autre exemple que vous donnez qui m’a interpellée, vous parlez d’un ouvrage dont je n’avais jamais entendu parler qui est paru je crois en 1898, qui s’appelle “Futility” Futility c’est le sous-titre, sinon c’est “The Wreck of the Titan” Ok pardon, “The Wreck of the Titan”! C’est un ouvrage très troublant, qui raconte presque en détail le naufrage du Titanic qui s’est déroulé 12 ans plus tard. Entre nous, Gérald Bronner, c’est quand même étonnant cette coïncidence, c’est à dire que 12 ans avant… Y a écrit le nombre de canots, y a écrit…enfin…On peut se dire que y a quelque chose, une force supérieure qui fait que… On se dit que ça ne peut pas être le hasard. C’est effectivement troublant, c’est pour ça que c’est intéressant. Encore une fois, les gens ne croient pas sans raison. Ils ne sont pas stupides. Même quand on croit des choses folles, on n’est pas forcément fou soi-même. C’est un très bon exemple, le roman de Robertson, parce qu’il est “donné en pâture” (si je puis dire) par les croyants. Y a eu un débat autour de cela à la télévision avec un “mage” Quand vous avez le titre de mage, en ésotérisme, c’est l’équivalent de “professeur au collège de France” On est sur du très haut niveau. Et ce monsieur exhibait cela comme la “preuve” que certains seraient connectés dans l’astral, on ne sait pas, auraient des pouvoirs de pré-cognition.Et en effet c’est très troublant. Il aligne les chiffres dans son argumentation. Il dit que le tonnage du bateau est le même. Que le nombre de canots est le même. Que le nombre de morts est le même etc. Sauf que je suis un peu taquin donc j’ai voulu vérifier, le livre est lisible sur Google, et en réalité c’est pas tout à fait ça. D’abord le tonnage du bateau est à 30% près différent. Ce qui n’est pas si mal, mais c’est différent. Le nombre de morts varie du simple au double. C’est tout aussi dramatique mais ce n’est pas tout à fait la même chose. Par contre c’est vrai que dans les deux cas, les canots manquent. Mais quand on s’intéresse un peu au personnage, Robertson, c’est quelqu’un qui a travaillé dans des cabines de bateau, son père était lui-même dans ce domaine. et il a écrit de très nombreux romans qu’on appelait des romans maritimes à l’époque, c’était un grand courant, très en vogue Robertson est très intéressé par tout ce qui se produit dans ce domaine et à la fin du 19ème siècle, on produit de grands paquebots. Il n’a pas pu ne pas lire un article du New York Times (il habitait lui-même à New York) Vous avez enquêté! Et j’ai surtout lu ceux qui ont enquêté dessus un article mettant en scène la construction d’un bâtiment gigantesque qui s’appelait justement “le Gigantic” Avant cela, il y avait eu le “Majestic” Donc il n’est pas étonnant qu’il ait imaginé un scénario avec un bateau de très grande taille Il s’est simplement inspiré des données de l’époque. Parce qu’il faut savoir que le nombre de canots sur un bateau dépend du tonnage. Donc il n’y a rien d’étonnant à ce que toutes ces données s’emboîtent Et il y a un fait qui pourrait être étonnant Il décrit un bateau insubmersible soi-disant et qui coule au mois d’avril. Comme le Titanic, quelle coïncidence Sauf que Robertson, habitué des histoires maritimes, on comprend qu’il ait voulu raconter l’histoire d’un bateau insubmersible mais qui coule. Imaginez un roman, dans lequel on raconte l’histoire d’un bateau et tout se passe bien Il ne coule pas. Ca fait moins vendre Ou une enquête policière sur ce bateau… C’est un peu limité. D’ailleurs il en a fait, des histoires de ce genre. Mais là il a imaginé un bateau qui coule avec le drame afférent. Le problème c’est: qu’est-ce qui peut couler un bateau de cette taille? Eh bien pas grand chose. Il y a un candidat qui est possible, et cela s’est révélé dans la réalité, c’est l’iceberg. Les icebergs n’existent pas à tout moment de l’année, il faut attendre le mois d’avril et la fonte des glaces pour qu’il y ait des icebergs dérivants qui puissent constituer un risque pour ce genre de bâtiment. D’accord. Vous nous faites redescendre hein! Bah oui! En fait y a pas tellement de coïncidences. Et puis on oublie, là aussi: négligence de la taille de l’échantillon. On oublie le nombre de romans qui ont raconté ce genre d’histoires en tapant complètement à côté. C’est comme ceux qui disent “la science-fiction avait prédit ceci ou cela” Oui, de temps en temps. Mais dans 90% des cas elle a prédit des mondes qui ne se sont pas produits et qui ne se produiront jamais. Je vais me faire l’avocat du diable. Vous êtes en train de me dire qu’il est impossible que des gens puissent prédire l’avenir? C’est pas moi qui le dis, c’est toute la connaissance contemporaine. Mais pourquoi pas? Je veux dire… Ok mais à ce moment-là, que ceux qui l’affirment… Je ne peux pas prouver que cela n’existe pas, Donc il faut que ceux qui affirment que c’est possible le prouvent. Mais malheureusement y a de très nombreux tests scientifiques de pré-cognition on a demandé à des gens qui prétendaient avoir des pouvoir de voyance d’en faire la démonstration. Et ils n’arrivent jamais à prédire au-delà du hasard. A ce moment-là ça pose un problème. C’est intéressant, si vous avez des références là-dessus, je les mettrai Oui, eh bien il y a les sceptiques du Québec je ne sais pas s’ils le font encore mais ils défiaient les meilleurs astrologues de leur pays De manière simple, ils tiraient au hasard avec des fléchettes La première cible indiquait le lieu, la 2ème la date, la 3ème le genre d’événement. Tremblement de terre, etc. Et leur taux de réussite était à peu près équivalent aux taux de réussite des astrologues. Ah oui? Ce qui veut dire que c’est simplement le hasard. Il faut se rappeler cette phrase de Voltaire: “les astrologues ne sauraient avoir le provilège de se tromper toujours”. C’est-à-dire? Même les astrologues, de temps en temps, ils ont raison par hasard! Ils ne sauraient avoir le privilège de se tromper toujours. D’accord. Il y a aussi autre chose de très intéressant, qui m’a fait beaucoup rire – parce qu’on rigole mine de rien en lisant ce livre – C’est un grand homme, un ancien journaliste, qui s’appelle Michael Drosnin, un américain qui a écrit “Le code secret de la Bible” J’avais amené une Bible. Je sais pas si je vais la prendre. bon allez je cherche ma Bible Je ne retrouve pas ma Bible. Ah elle est là! C’était un gros morceau, je ne sais pas ce que vous en avez fait! Mais attends, elle est où ma Bible?! C’est dans ta valise là? Elle est là, je la vois! Ah! Ma Bible Voici donc La Bible et donc Michael a fait un petit jeu. Dites moi si je raconte mal hein! Je vous contrôle. Il a essayé de trouver une espèce de “code secret” qui montre que la Bible aurait prédit, mesdames et messieurs, le 11 septembre! Vrai ou faux? Par exemple, oui. Alors ça s’appelle la “gématrie” ..? Oui c’est une vieille tradition, ce n’est pas du tout ce journaliste qui a inventé cela Il y a toute une tradition kabbalistique qui essaie de trouver des “messages secrets” dans la Bible. Alors comment procéder? C’est assez simple. Par exemple, on va lire la Bible toutes les 2 ou 3 lettres. Ca recompose, comme vous le comprenez, de nouveaux mots La plupart de ces mots ne signifient rien du tout, mais de temps en temps les mots signifient quelque chose. Ce qui est très intéressant dans l’histoire de Drosnin c’est que ça a été rendu possible par l’informatique. Auparavant, tous ces gens qui travaillaient sur l’ancien testament ils le faisaient à la main. Avant de trouver un message, il pouvait se passer des années. Mais là, la puissance computationnelle permet de tirer automatiquement un certain nombre de messages. Au début, Drosnin dit qu’il est relativement sceptique, et puis tout à coup apparaît par exemple les tours du 11septembre. Il y a quelques mots: “deux tours”, “deux fois”, “ont chuté”, mais pour lui c’est absolument clair. Il commet une erreur terrible. Patatras! Parce que son livre était un best-seller international. Il fait une erreur terrible. Il suscitait un certain scepticisme notamment de la part de collègues qui faisaient des maths Il dit “ok, puisque c’est comme ça, ils n’ont qu’à me démontrer (et là c’est intéressant car il ne demande pas à ses adversaires de lui démontrer l’absence de quelque chose) Il dit “si c’est simplement une coïncidence, comme certains le disent, alors on n’a qu’à me démontrer qu’on peut trouver le même genre de messages dans Moby Dick”. L’histoire du cachalot, là? Oui, enfin de la baleine. Alors je ne connais pas la différence entre un cachalot et une baleine! Dites nous en description! Pardon, en commentaires! Vous allez avoir des commentaires intéressants. On est vraiment au coeur du sujet, oui! Et en fait, il ne faut jamais jeter ce genre de défi notamment aux mathématiciens, C’était effectivement stimuler un certain professeur Oui, un mathématicien australien a rentré l’intégralité du texte de Moby Dick et a fait travailler son ordinateur. Et il a trouvé exactement la même chose! Le défi de Drosnin c’était de dire “trouvez moi une seule mort d’un premier ministre!” (dans Moby Dick) je crois qu’il en a trouvé sept. Il a trouvé aussi pleins d’autres choses. Dans Moby Dick donc! Mais dans n’importe quel livre, en réalité. Dans le vôtre peut-être! Dans le mien, je suis sûr qu’il y a des annonces prophétiques, sur les Gilets Jaunes ou quelque chose comme ça Ce qui est intéressant, c’est qu’en découvrant ces messages on se dit que ça ne peut pas être une coïncidence. Et c’est encore plus cruel. Parce que certains ont utilisé la méthode de Drosnin sur la Bible derechef et ils ont trouvé des messages comme “haïssez Jésus!” “Dieu n’existe pas”. Ah non, là je suis ne suis plus d’accord! C’est vrai, c’est vachement intéressant. Peut-être que ça dit quelque chose sur WTFake non? Amon avis on parle de vous, il faut faire tourner votre ordinateur. Dans l’évangile selon saint… Ok. C’est hyper intéressant Merci pour ces 3 exemples qui je pense sont extrêmement parlants. J’ai envie de dire, quelle gymnastique vous conseilleriez de faire pour ne pas se faire attraper par nos croyances? C’est très compliqué! C’est très compliqué, moi-même je suis traversé de croyances. Je dis des bêtises, parfois j’en écris, ce n’est pas grave cela arrive à tout le monde Moi aussi. Ce n’est pas tellement ça le problème. On ne peut pas être en état de “survigilance” tout le temps Effectivement, il y a peut-être quelques règles à appliquer, par exemple se méfier de son désir. Le désir c’est très bien. Je parle du désir de croire. Quand on a absolument envie qu’une information soit vraie, on la vérifie beaucoup moins. Par contre quand une information nous déplaît, on est prêts à investir du temps et de l’énergie mentale pour essayer de la contredire. Donc de temps en temps, inverser cette balance, déjà, rien que ça, ce serait pas mal. Et puis évidemment il y a tout l’empire des biais cognitifs qui nous guettent. On a beaucoup parlé de la négligence de la taille de l’échantillon mais il y en a pleins d’autres Ca, ça s’apprend. Ca s’entraîne. Eh bien merci beaucoup, Gérald Bronner, j’ai été ravie de discuter de tout ça avec vous Et peut-être à bientôt, pour de prochaines interviews, si jamais vous êtes d’accord. Merci! Salut!

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